Durant la guerre d'AlgĂ©rie 1954 - 1962, l'Ătat français cherche Ă minimiser le conflit. Suite Ă l'indĂ©pendance, le FLN qui prend le pouvoir en AlgĂ©rie institue une histoire officielle du conflit dans laquelle sont occultĂ©es les divisions au sein des nationalistes ainsi que le rĂŽle des Kabyles. Le pouvoir avance l'idĂ©e d'un soulĂšvement spontanĂ© et unitaire du peuple algĂ©rien derriĂšre le FLN et contre la France. En France, les acteurs du conflit les soldats, les pieds-noirs rapatriĂ©s, les harkis taisent leur expĂ©rience du conflit. Le silence concerne aussi l'Ătat qui ne reconnaĂźt pas la guerre. Benjamin Stora parle d'une "guerre ensevelie". Pourtant, les diffĂ©rents acteurs du conflit entretiennent des mĂ©moires diffĂ©rentes voire contradictoires de la guerre. AprĂšs le silence vient la pĂ©riode du "rĂ©veil des mĂ©moires". Les diffĂ©rents groupes portent leurs revendications et souhaitent faire reconnaĂźtre leur vision de l'histoire. Le rĂŽle des historiens est important dans ce "rĂ©veil des mĂ©moires". GrĂące Ă leurs travaux, ils ont pu faire la lumiĂšre sur le conflit et sur ses zones d'ombre, dont l'utilisation de la torture. Ă partir de la fin des annĂ©es 1990, notamment grĂące aux travaux des historiens, la France intĂšgre la guerre d'AlgĂ©rie dans la mĂ©moire officielle. Les archives sont ouvertes, le conflit est reconnu. MalgrĂ© la reconnaissance de la guerre d'AlgĂ©rie, toutes les mĂ©moires ne sont pas apaisĂ©es. Certains groupes contestent la mĂ©moire officielle de l'Ătat et l'AlgĂ©rie rĂ©clame encore la repentance. Les historiens sont soumis Ă des pressions de la part des diffĂ©rents groupes porteurs de mĂ©moires et face Ă la mĂ©moire officielle. Bien qu'ils doivent ĂȘtre indĂ©pendants Ă l'Ă©gard des revendications mĂ©morielles, leur travail fait Ă©voluer les mĂ©moires. En AlgĂ©rie, la situation a peu Ă©voluĂ©. AprĂšs une tentative de dĂ©mocratisation du pays qui Ă©choue, le pays maintient une vision officielle du conflit et continue d'encadrer les travaux des historiens. ILes mĂ©moires de la guerre d'AlgĂ©rie au lendemain du conflit La mĂ©moire est la prĂ©sence sĂ©lective des souvenirs du passĂ© dans une sociĂ©tĂ© donnĂ©e. Elle est souvent plurielle et conflictuelle les diffĂ©rents groupes qui ont vĂ©cu des Ă©vĂ©nements douloureux se font leur propre construction du passĂ© et ces diffĂ©rentes visions peuvent s'opposer. Les groupes qui portent les mĂ©moires cherchent une reconnaissance dans le prĂ©sent de leur vision des Ă©vĂ©nements. L'histoire a pour vocation de restituer le passĂ© de la maniĂšre la plus objective possible. Elle s'appuie sur une Ă©tude critique des sources Ă©crites, orales ou encore archĂ©ologiques. Ainsi, mĂ©moires et histoire prĂ©sentent des diffĂ©rences quant au type de questionnements adressĂ©s au passĂ©. Les mĂ©moires veulent rĂ©habiliter, "sauver de l'oubli", alors que l'histoire veut comprendre et expliquer le passĂ©. MĂȘme si l'histoire ne doit pas, dans un souci d'objectivitĂ©, ĂȘtre soumise aux enjeux des mĂ©moires, il existe de nombreux liens et des interactions entre les deux. AUne guerre sans nom La guerre d'AlgĂ©rie est considĂ©rĂ©e comme une guerre sans nom. Elle commence le 1er novembre 1954 suite Ă une sĂ©rie d'attaques commises en AlgĂ©rie par le Front de libĂ©ration nationale algĂ©rien FLN. Alors que le conflit s'intensifie, le gouvernement français cherche Ă minimiser les combats. Il parle "des Ă©vĂ©nements d'AlgĂ©rie" et dĂ©crit l'intervention des forces françaises comme des simples "opĂ©rations de police" visant Ă "pacifier le pays". Les combattants algĂ©riens sont dĂ©crits comme des "rebelles". Face Ă cette nĂ©gation officielle du conflit, des voix discordantes dĂ©noncent le rĂŽle de la France dans la guerre. Le parti communiste, ouvertement anticolonial, dĂ©nonce l'intervention française et la torture pratiquĂ©e par l'armĂ©e française, notamment lors de la bataille d'Alger. Des "comitĂ©s Audin" se mettent en place dans le milieu universitaire. Cela fait suite Ă l'assassinat sous la torture du militant communiste Maurice Audin, mathĂ©maticien français travaillant Ă Alger et favorable Ă l'indĂ©pendance algĂ©rienne. Des journaux comme L'Express, avec François Mauriac, critiquent l'intervention française. Plusieurs tĂ©moignages se font l'Ă©cho des pratiques utilisĂ©es par les forces françaises, dont la pratique de la gĂ©gĂšne. Ainsi, le gĂ©nĂ©ral PĂąris de BollardiĂšre, Henri Alleg, rĂ©dacteur de La Question en 1958 ou l'historien Henri-IrĂ©nĂ©e Marrou dĂ©noncent la torture. Enfin, des intellectuels, des artistes et des universitaires, dont Jean-Paul Sartre, directeur de la revue Les Temps modernes, signent le manifeste des 121 en 1960 pour dĂ©noncer le militarisme français et la torture. Le gouvernement dĂ©ploie une intense rĂ©pression Ă l'encontre de ces oppositions. La Question d'Henri Alleg est interdit et son auteur est condamnĂ© Ă la prison. La police rĂ©prime de maniĂšre trĂšs violente les manifestations dĂ©nonçant le conflit. Le 17 octobre 1961, en France, une manifestation pacifique d'AlgĂ©riens dĂ©nonçant le couvre-feu imposĂ© aux Nord-Africains provoque une rĂ©pression sanglante de la police sous les ordres du prĂ©fet Papon. Une centaine d'AlgĂ©riens sont tuĂ©s et plusieurs centaines sont blessĂ©s. De mĂȘme, une manifestation pour l'indĂ©pendance de l'AlgĂ©rie le 8 fĂ©vrier 1962 aboutit Ă la mort de 9 personnes Ă la station de mĂ©tro Charonne Ă Paris. BMĂ©moire officielle en AlgĂ©rie aprĂšs le conflit L'AlgĂ©rie devient indĂ©pendante suite aux accords d'Ăvian en 1962. L'armĂ©e des frontiĂšres branche de l'ALN basĂ©e en Tunisie et au Maroc s'impose au pouvoir au dĂ©triment du Gouvernement provisoire de la RĂ©publique algĂ©rienne GPRA. L'Ătat algĂ©rien encadre l'histoire du conflit qui est nommĂ©e la "RĂ©volution nationale" ou encore la "Guerre de libĂ©ration". Le conflit est prĂ©sentĂ© en AlgĂ©rie comme un soulĂšvement spontanĂ© du peuple algĂ©rien. L'histoire officielle parle de 1,5 million de morts algĂ©riens, alors que le chiffre rĂ©el se situe autour de 300 000. Le gouvernement minimise les divisions entre les nationalistes algĂ©riens pendant le conflit et notamment les luttes entre le FLN et le MNA de Messali Hadj qui a causĂ© plus de 10 000 morts. Le conflit est complĂštement limitĂ© Ă une opposition entre les Français et les AlgĂ©riens. Toujours avec pour objectif de mettre en avant l'unitĂ© nationale, le rĂŽle des Kabyles dans la lutte contre les Français est passĂ© sous silence tandis que celui de l'ALN est exagĂ©rĂ©. Les livres scolaires, les monuments, les commĂ©morations sont des relais de cette histoire officielle. Le travail des historiens est d'ailleurs surveillĂ© par l'Ătat qui contrĂŽle Ă©troitement les recherches scientifiques du Centre national d'Ă©tudes historiques algĂ©rien CNEH et encadre en 1972 un travail de rassemblement d'archives orales et Ă©crites du 1965, suite au coup d'Ătat d'Houari BoumĂ©diĂšne, le FLN devient le parti unique de l'AlgĂ©rie et accentue la diffusion de la mĂ©moire officielle du conflit. L'historien Guy PervillĂ© parle d'une "hyper commĂ©moration obsessionnelle". Mohammed Harbi, historien algĂ©rien et ancien membre du FLN, est condamnĂ© pour sa contestation de l'histoire officielle et s'enfuit en France. CLa "guerre ensevelie" En France, aprĂšs l'indĂ©pendance de l'AlgĂ©rie, le conflit est en revanche passĂ© sous silence. Benjamin Stora parle d'une "guerre ensevelie". Ce sont d'abord les groupes concernĂ©s par le conflit qui cherchent Ă oublier les souffrances et les douleurs de la guerre. Environ 800 000 pieds-noirs sont rapatriĂ©s en France. Lorsqu'ils arrivent dans ce pays qu'ils connaissent peu, ils sont dĂ©munis, et nombreux sont ceux qui veulent tourner la page. La prioritĂ© est Ă l'intĂ©gration. En particulier Ă cause des attentats commis par le groupe terroriste OAS en France, les pieds-noirs pensent qu'il est prĂ©fĂ©rable de rester discrets. Les AlgĂ©riens prĂ©sents en mĂ©tropole, dont une grande partie arrive dans le cadre de l'immigration de masse organisĂ©e par la France, ne veulent pas faire ressortir la mĂ©moire du conflit et les attentats perpĂ©trĂ©s par le FLN. L'Ătat français, prĂ©sidĂ© par de Gaulle, cherche aussi Ă faire oublier la guerre. La France a perdu l'immense majoritĂ© des terres qui composaient son empire colonial. Sa place dans le monde dĂ©cline depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et l'Ătat veut prĂ©server l'unitĂ© nationale. De plus, les violences commises par l'armĂ©e française sont en contradiction avec les valeurs d'une France que l'on appelle "pays des Droits de l'homme". En 1968, des lois sont votĂ©es pour amnistier tous ceux qui ont pris part au conflit et les soldats qui ont participĂ© au putsch des gĂ©nĂ©raux en 1961 sont rĂ©intĂ©grĂ©s dans l'armĂ©e en 1982. La population française oublie assez vite le conflit, dont aucune mention n'est faite dans les livres scolaires, et les historiens n'ont pas accĂšs aux archives. IILe rĂ©veil des mĂ©moires ADes mĂ©moires divisĂ©es Le rĂ©veil des mĂ©moires n'a lieu qu'Ă partir des annĂ©es 1970. MalgrĂ© le silence fait sur la guerre d'AlgĂ©rie au lendemain du conflit, les mĂ©moires des diffĂ©rents groupes concernĂ©s sont diffĂ©rentes et parfois opposĂ©es. De nombreux pieds-noirs entretiennent une vision idĂ©alisĂ©e de leur vie en AlgĂ©rie, on parle de la "nostalgĂ©rie". Les anciens combattants sont victimes de l'oubli officiel du conflit et n'ont pas le droit Ă la reconnaissance de leur statut. Les harkis, qui ont pu quitter l'AlgĂ©rie, sont rassemblĂ©s dans des camps et ils s'estiment trahis par l'Ătat français. Ceux restĂ©s en AlgĂ©rie ont subi des massacres. Certains militaires dĂ©fendent le bien-fondĂ© de la guerre et entretiennent l'idĂ©e d'un conflit qui s'est inscrit dans la logique de la guerre froide. Ils soutiennent que les mĂ©thodes utilisĂ©es par l'armĂ©e, dont la torture, Ă©taient justifiĂ©es. Ils exagĂšrent aussi le rĂŽle social jouĂ© par la France auprĂšs des populations indigĂšnes lors de la colonisation. Enfin, les militants pour l'indĂ©pendance de l'AlgĂ©rie, dont le parti communiste, se souviennent des mĂ©thodes utilisĂ©es pendant la guerre et de la rĂ©pression de l'Ătat français lors des manifestations pacifistes. Ils veulent que la France reconnaisse la guerre. B"L'accĂ©lĂ©ration mĂ©morielle" AprĂšs une pĂ©riode de silence sur le conflit, les diffĂ©rents groupes mettent en avant leur souvenir et veulent faire reconnaĂźtre leurs revendications. C'est le temps de l'anamnĂšse, c'est-Ă -dire de la prise de conscience des mĂ©moires refoulĂ©es. Ă partir des annĂ©es 1970, les "porteurs de mĂ©moires" participent au dĂ©veloppement de l'"accĂ©lĂ©ration mĂ©morielle" Les pieds-noirs forment des associations afin de rĂ©clamer des indemnitĂ©s pour les biens qu'ils ont perdus. Ils veulent aussi accĂ©der aux tombes des membres de leur famille enterrĂ©s en AlgĂ©rie. En 1970, une loi leur accorde des indemnisations qui leur semblent encore insatisfaisantes. Les anciens combattants, regroupĂ©s dans des associations influentes, dont le FNACA, obtiennent le statut d'ancien combattant en 1974. Les harkis se rĂ©voltent en 1975 et 1976 contre leurs conditions de vie dans les camps. Ils veulent une reconnaissance de leur rĂŽle pendant la guerre. Des groupes proches de l'extrĂȘme droite et de l'OAS, particuliĂšrement dans le Sud-Est de la France, organisent des manifestations et Ă©rigent des stĂšles en souvenir de "l'AlgĂ©rie française". Parmi ces personnes, Jean-Marie Le Pen, ancien combattant de la guerre d'AlgĂ©rie, lĂ©gitime les mĂ©thodes françaises et est accusĂ© par de nombreux tĂ©moignages d'avoir pratiquĂ© lui-mĂȘme la torture. Face Ă la montĂ©e du racisme dans les annĂ©es 1970 et 1980, la Marche pour l'Ă©galitĂ© et contre le racisme, aussi appelĂ©e "Marche des beurs", rĂ©unit en 1983 des membres de la communautĂ© maghrĂ©bine. Pour la premiĂšre fois, des enfants de harkis et des enfants de membres du FLN marchent ensemble afin de rĂ©clamer une rĂ©elle place dans la sociĂ©tĂ© française. Enfin, en 1983, la guerre d'AlgĂ©rie est intĂ©grĂ©e dans les manuels scolaires. CLe travail des historiens et des cinĂ©astes dans les annĂ©es 1970 Bien que les archives soient encore difficiles d'accĂšs, des historiens s'emparent du thĂšme de la guerre d'AlgĂ©rie En 1961, durant le conflit, l'historien Pierre Nora a publiĂ© Les Français d'AlgĂ©rie. Entre 1968 et 1971, le journaliste Yves CourriĂšre entreprend une histoire du conflit dans son ouvrage La Guerre d'AlgĂ©rie. En 1972, l'historien Pierre Vidal-Naquet publie La Torture dans la RĂ©publique. Il avait dĂ©jĂ publiĂ© L'Affaire Audin en 1958. Charles-Robert Ageron publie en 1973 un ouvrage intitulĂ© Politiques coloniales du Maghreb. Des cinĂ©astes s'emparent Ă©galement du conflit sur lequel ils souhaitent faire la lumiĂšre En 1966, La Bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo remporte le Lion d'or de Venise, mais le film n'est pas autorisĂ© Ă sortir dans les salles. En 1972, RenĂ© Vautier sort Avoir vingt ans dans les AurĂšs. Ce film raconte l'histoire de jeunes soldats français pris dans l'engrenage de la violence. La gĂ©nĂ©ration d'historiens qui travaille dans les annĂ©es 1960 et 1970 sur la guerre d'AlgĂ©rie est constituĂ©e de personnes qui ont Ă©tĂ© confrontĂ©es directement ou indirectement au conflit. Expliquer le conflit permet de rompre le silence officiel. Certains des historiens ont militĂ© pendant la guerre, et en faire l'histoire constitue pour eux un acte politique. Par exemple, Pierre Vidal-Naquet, qui a militĂ© pendant le conflit contre la torture, continue par la suite son travail historique visant Ă Ă©tablir les faits, Ă les expliquer et Ă les faire sortir de l'ombre. IIILes sociĂ©tĂ©s et les historiens face Ă "cette guerre qui ne passe pas" ALa difficile mĂ©moire officielle en France Ă partir des annĂ©es 1990, la France entreprend la reconnaissance officielle du conflit et des pratiques de l'armĂ©e française. En 1992, les archives de la guerre sont ouvertes. En 1999, l'AssemblĂ©e nationale reconnaĂźt que le conflit Ă©tait une "guerre". L'utilisation de la torture est aussi acceptĂ©e dans la mĂ©moire nationale. D'anciens gĂ©nĂ©raux tĂ©moignent de ces pratiques, comme les gĂ©nĂ©raux Aussaresses et Massu. La parole des victimes est aussi reconnue. Louisette Ighilahriz tĂ©moigne des tortures qu'elle a subies alors qu'elle avait 20 ans. En 2002, Jacques Chirac inaugure le mĂ©morial national de la guerre d'AlgĂ©rie et des combats du Maroc et de la Tunisie. En 2012, François Hollande, en visite officielle en AlgĂ©rie, parle de la "souffrance du peuple algĂ©rien" et Ă©voque la torture. En 2012 Ă©galement, la journĂ©e du 19 mars devient la journĂ©e du souvenir des "victimes civiles et militaires de la guerre d'AlgĂ©rie" et l'Ătat reconnaĂźt le massacre du 17 octobre 1961. Pourtant, malgrĂ© la reconnaissance officielle de la guerre d'AlgĂ©rie, le conflit des mĂ©moires persiste En 2005, le groupe des "IndigĂšnes de la RĂ©publique" accuse la France d'ĂȘtre encore un Ătat colonial et porte un regard critique sur ses pratiques passĂ©es mais aussi actuelles. En 2005, la loi Mekachera fait scandale, car elle propose que soit reconnu le "rĂŽle positif de la prĂ©sence française en Afrique du Nord". De plus, l'AlgĂ©rie reproche Ă la France de ne pas avoir Ă©mis des excuses officielles et rĂ©clame la repentance de la France. En 2007, Ă Perpignan, un mur est inaugurĂ©, portant les seuls noms des morts europĂ©ens de la guerre. En 2012, le Front national condamne l'intervention de Nicolas Sarkozy reconnaissant que "la guerre a aussi meurtri les AlgĂ©riens" et souhaite une condamnation des porteurs de valises du FLN. Par ailleurs, la journĂ©e de souvenir des "victimes civiles et militaires de la guerre d'AlgĂ©rie" est contestĂ©e, car elle prend pour rĂ©fĂ©rence le cessez-le-feu du 19 mars 1962, et les opposants estiment qu'elle passe sous silence les EuropĂ©ens et les harkis tuĂ©s aprĂšs le cessez-le-feu par les AlgĂ©riens. BEn AlgĂ©rie, la persistance d'une lecture unique de la guerre Le climat politique change en AlgĂ©rie au cours des annĂ©es 1980. Les Ă©meutes de 1980 en Kabylie brisent le mythe d'une unitĂ© nationale algĂ©rienne. En 1988, la jeunesse algĂ©rienne se rĂ©volte contre le pouvoir et exige la libĂ©ralisation du systĂšme politique. Ces rĂ©voltes aboutissent Ă la mise en place d'un processus dĂ©mocratique, interrompu en 1992 par la junte militaire au pouvoir. L'enlisement du pays dans la guerre civile qui oppose les islamistes Ă l'armĂ©e et fait environ 100 000 morts achĂšve la dĂ©mocratisation du pays. L'attitude du gouvernement sur le conflit reste la mĂȘme L'accĂšs aux archives est interdit. Les harkis sont encore perçus comme des traĂźtres. Les actes de violence reconnus sont limitĂ©s aux seuls agissements des Français. Le rĂŽle du MNA, ainsi que des BerbĂšres, est occultĂ© au profit du rĂŽle du FLN. Les violences faites par le FLN, notamment contre les civils qui refusaient de payer "l'impĂŽt rĂ©volutionnaire", sont ignorĂ©es. En 1995, Bouteflika rĂ©intĂšgre les pĂšres fondateurs du nationalisme algĂ©rien, tels que Messali Hadj, dans la mĂ©moire nationale. Cependant, cette ouverture est rapidement remise en cause. Les historiens sont censurĂ©s et leurs communications Ă l'Ă©tranger doivent ĂȘtre approuvĂ©es par le ministĂšre algĂ©rien de l'Ăducation. Lois mĂ©morielles Les lois mĂ©morielles sont des lois dĂ©clarant un point de vue officiel sur un Ă©vĂ©nement historique. Ces lois peuvent ĂȘtre seulement dĂ©claratives, c'est-Ă -dire reconnaĂźtre des Ă©vĂ©nements, ou effectives, c'est-Ă -dire assortir la loi de sanctions loi Gayssot de 1990 punit la nĂ©gation des crimes contre l'humanitĂ©. La loi de 2001 reconnaĂźt publiquement l'existence du gĂ©nocide armĂ©nien et la loi Taubira de 2001 dĂ©clare que la traite nĂ©griĂšre est un crime contre l'humanitĂ©. Enfin, la loi de 2005 prĂ©voit la reconnaissance du "rĂŽle positif" de la colonisation. CLes historiens contre le "prĂ©sentisme" Dans les annĂ©es 1990, une nouvelle gĂ©nĂ©ration d'historiens, nĂ©s aprĂšs le conflit, travaille sur la guerre d'AlgĂ©rie. Certains d'entre eux entreprennent des collaborations avec la premiĂšre gĂ©nĂ©ration d'historiens du conflit RaphaĂ«lle Branche publie La Torture et l'armĂ©e pendant la guerre d'AlgĂ©rie en 2001, grĂące Ă un travail rĂ©alisĂ© Ă partir de tĂ©moignages et d'archives. Benjamin Stora collabore avec Charles-Robert Ageron et Mohammed Harbi. Sylvie ThĂ©nault publie Une drĂŽle de justice en 2001. Tramor Quemeneur rĂ©dige une thĂšse intitulĂ©e Une guerre sans "non" en 2007, dans laquelle il se penche sur l'histoire des rĂ©fractaires Ă la guerre d'AlgĂ©rie. Yann Scioldo-ZĂŒrcher montre dans ses travaux que, contrairement Ă la mĂ©moire dĂ©veloppĂ©e par les pieds-noirs, l'Ătat français a mis en place des moyens afin d'intĂ©grer les rapatriĂ©s d'AlgĂ©rie dans la sociĂ©tĂ© française. Les historiens s'interrogent sur cette rĂ©surgence des mĂ©moires et son incidence sur leur travail. En effet, l'historien ne doit pas ĂȘtre soumis aux diffĂ©rents groupes qui veulent ne retenir que certains aspects de l'histoire, voire les modifier. Il ne doit pas cĂ©der aux revendications de ces groupes dont les objectifs sont la recherche de la vĂ©ritĂ© mais aussi la satisfaction de revendications prĂ©sentes. En effet, les mĂ©moires se nourrissent des travaux historiques. Bien que les mĂ©moires effectuent une approche sĂ©lective du travail des historiens, ces derniers contribuent, en montrant la complexitĂ© des faits, Ă apaiser les dĂ©bats sur les diffĂ©rentes mĂ©moires. Par exemple, les travaux sur les harkis montrent la complexitĂ© des raisons de leur engagement en faveur de la France. Dans l'Ă©ducation aussi, le lien entre mĂ©moire et histoire est important. L'enseignant peut, grĂące Ă l'histoire, expliquer l'actualitĂ© et les diffĂ©rentes mĂ©moires. De plus, la multiplication des journĂ©es mĂ©morielles donne au professeur la possibilitĂ© d'aborder certains aspects historiques et de donner du sens Ă son cours. Des historiens rappellent cependant le danger de trop faire appel Ă l'Ă©motion des Ă©lĂšves au risque de porter atteinte Ă l'objectivitĂ© de l'histoire. Enfin, les mĂ©moires sont aussi un objet d'Ă©tude pour les historiens. Pierre Nora a publiĂ© Les Lieux de mĂ©moire, ouvrage dans lequel il analyse la construction des mĂ©moires.Lhistoire est lĂ pour Ă©laborer une connaissance, pas pour faire de la morale. Il est nĂ©cessaire de confronter les sources et les documents, de travailler les hypothĂšses, afin dâĂ©viter que sâinstalle une sorte de prĂȘt Ă penser dogmatique. Or la rĂ©cupĂ©ration sociologique du devoir de mĂ©moire est un phĂ©nomĂšne patent. Fiche revision Histoire et mĂ©moire 1 sur 3 AXE 1 - Histoire et mĂ©moires des conflits Les CONFLITS cf. thĂšme II et leur HISTOIRE sont durablement inscrits dans la mĂ©moire collective des sociĂ©tĂ©s et dans les mĂ©moires individuelles sâagissant de pĂ©riode sombres et douloureuses. Elles donnent souvent naissance Ă une mĂ©moire officielle de la part des gouvernements, qui entendent Ă©touffer tout ce qui pourrait diviser les populations. I/ HISTOIRES ET MĂMOIRES DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE Jalon 1 Causes multiples attentat de Sarajevo a excitĂ© des tensions plus profondes rivalitĂ©s coloniales et territoriales, tensions nationalistes, courses aux armements, etc. â Entraine lâengrenage des alliances nouĂ©es au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle. ĂtĂ© 1914 dĂ©clenchement dâun conflit dont l'ampleur et la durĂ©e n'avaient Ă©tĂ© imaginĂ©e ni dĂ©sirĂ©e par les gouvernements. Question qui se pose dĂšs le dĂ©but aucun Etat nâa revendiquĂ© la responsabilitĂ© de la guerre. â Le conflit dure = chaque belligĂ©rant justifie les sacrifices imposĂ©s en rejetant la faute sur l'ennemi => se prĂ©sente comme l'agressĂ© menant une guerre dĂ©fensive guerre du droit » âCette responsabilisation de lâAllemagne est dĂ©noncĂ©e vivement le traitĂ© apparait comme un DIKTAT, tant par les diplomates, les dirigeants que par lâopinion publique allemande. Lâapport de lâHISTORIOGRAPHIE au dĂ©bat JALON 1 Au dĂ©part, la mĂ©moire du dĂ©clenchement de la 1GM est relativement simpliste lâAutre est responsable. â Mais cette mĂ©moire, autant officielle que populaire = propagandes militaires Ă©volue grĂące aux travaux des historiens. Ils Ă©tudient les causes de la 1GM car cette question est devenue trĂšs politique des intellectuels pacifistes et marxistes analysent marche Ă la guerre comme le choc inĂ©vitable des impĂ©rialismes europ. AnnĂ©es 1930 quelques Ă©volutions permises par les historiens Ă©tudient la guerre dâun point de vue politique et diplomatique, vue d'en haut ». Mais les. »
3Histoire et mémoires. C. Comprendre les logiques des . affrontements. armés & les modalités de construction de la . paix. La dissertation et les types de plans. Comprendre notions de patrimoine matériel et immatériel & ses enjeux particuliÚrement . géopolitiques. Nature et portée des ressources documentaires (regard critique)
Par Jean-Charles Jauffret. [1] MĂ©moires et Histoire point dâhistoriographie sur la Guerre dâAlgĂ©rie La RĂ©daction dâHistoriens & GĂ©ographes remercie vivement son collĂšgue Jean-Charles Jauffret, Professeur dâHistoire contemporaine Ă lâInstitut dâEtudes Politiques dâAix-en-Provence, pour lui avoir transmis cette mise au point historiographique inĂ©dite qui intĂ©ressera particuliĂšrement les professeures en charge dâenseigner le thĂšme portant sur lâhistorien et les mĂ©moires de la guerre dâAlgĂ©rie. Nous signalons enfin Ă nos lecteurs que la direction acadĂ©mique des Hauts-de-Seine en partenariat avec lâONACVG et lâAssociation des Professeurs dâHistoire et de GĂ©ographie APHG organise Ă Nanterre une journĂ©e dâĂ©tude sur les mĂ©moires du conflit algĂ©rien le 23 fĂ©vrier prochain. Plusieurs tables rondes seront proposĂ©es et animĂ©es par des historiens, des enseignants chercheurs, lâinspection pĂ©dagogique rĂ©gionale, les archives dĂ©partementales des Hauts-de-Seine, la BDIC, lâINA, lâONACVG et lâAPHG. [2] Enjeu renouvelĂ© des prĂ©sidentielles en 2017 pour sĂ©duire un fond de nostalgĂ©riques » estimĂ© Ă environ deux millions dâĂ©lecteurs 1re,2e et 3e gĂ©nĂ©rations de pieds-noirs et descendants, y compris de harkis, la guerre dâAlgĂ©rie refait surface. En remontent les relents nausĂ©abonds de mĂ©moires blessĂ©es qui sâostracisent lâune lâautre. DâoĂč la faible audience des historiens et la reconduction, comme pendant le conflit, note Benjamin Stora [3], dâextrĂȘmes identitaires ressassĂ©s de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Câest-Ă -dire entre les nostalgiques de lâAlgĂ©rie française qui considĂšrent que lâislam est inassimilable en mĂ©tropole, et les partisans de lâindĂ©pendance algĂ©rienne qui arborent drapeaux algĂ©riens et islam communautariste en Ă©lĂ©ments de dĂ©fi. Sâajoutent lâignorance volontaire des politiques [4] et de lâopinion qui nâa toujours pas admis lâhĂ©ritage de la dĂ©colonisation dans le roman national ». Comme le note Mona Ozouf La France est un Ă©trange pays oĂč la mĂ©moire divise ». Pourtant, ce conflit, depuis peu, bĂ©nĂ©ficie dâune ouverture dans lâenseignement secondaire. Mais cette Ă©tude souffre de la crainte dâouvrir la boĂźte de Pandore au lieu dâĂ©tudier dâabord la guerre dâAlgĂ©rie en sâappuyant sur des ouvrages gĂ©nĂ©raux qui font autoritĂ© [5], on botte en touche en sâintĂ©ressant uniquement Ă la mĂ©moire, plus quelques allusions aux travaux des historiens et aux tĂ©moignages Ă©crits [6] ou filmĂ©s [7]. En France est venu depuis longtemps le temps des historiens, comme je le soulignais en compagnie de mon collĂšgue et ami Gilbert Meynier dans la revue Esprit en 2004 [8]. MalgrĂ© la fĂ©brilitĂ© suscitĂ©e par les rendez-vous Ă©lectoraux ou le scandale mĂ©diatique suscitĂ© en 2001-2002 par la publication des aveux du gĂ©nĂ©ral Paul Aussaresses, Services spĂ©ciaux, AlgĂ©rie 1955-1957 mon tĂ©moignage sur la torture, le temps historique poursuit son cours. Il exhume peu Ă peu non une, mais des guerres dâAlgĂ©rie tant les destins des acteurs furent diffĂ©rents. A lâinverse dâune idĂ©e reçue, cette question a toujours intĂ©ressĂ© les historiens, tandis que toute notion dâhistoire officielle nâa jamais eu droit de citĂ© pour les historiens dignes de ce nom. Et ce, en dĂ©pit des vellĂ©itĂ©s revanchardes des auteurs du Livre blanc de lâarmĂ©e française en AlgĂ©rie [9]. Or ce conflit est un des mieux Ă©tudiĂ©s si lâon tient compte du nombre de publications, soit plus du double que pour la guerre dâIndochine par exemple, pour ne rien dire des 666 thĂšses et mĂ©moires en langue française recensĂ©s par Maurice Sarrazin en 2012 [10]. Depuis les travaux de Charles-AndrĂ© Julien, Xavier Yacono, ou Charles-Robert Ageron, il y a longtemps que les historiens auscultent cette boĂźte Ă chagrin », selon une formule du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, que constitue la guerre dâAlgĂ©rie, fracture la plus importante de la conscience nationale française contemporaine aprĂšs lâAffaire Dreyfus et juin 1940. Depuis le colloque novateur de dĂ©cembre 1988, sous la direction de Jean-Pierre Rioux [11], la soutenance en Sorbonne, en juin 1989, de la thĂšse de lâAlgĂ©rien Boucif Mekhaled sur Les EvĂ©nements de SĂ©tif, Kherrata et Guelma lâinsurrection du Nord-Constantinois, et la publication, en mars 1990, du tome I de la sĂ©rie, sous la direction de Jean-Charles Jauffret, de La Guerre dâAlgĂ©rie par les documents proposĂ© par le Service historique de lâarmĂ©e de terre, puis dâun tome 2 en 1998, du cĂŽtĂ© français il est possible, sans oublier les thĂšses importantes des annĂ©es 1980 comme celles de Guy PervillĂ© sur les Ă©tudiants algĂ©riens [12] ou de Benjamin Stora sur Messali Hadj [13], de parler dâun solide acquis scientifique. Il transcende les relations, en dents de scie, franco-algĂ©riennes, tout en continuant de nourrir le dĂ©bat public qui rebondit Ă chaque anniversaire dĂ©cennal de 1962 qui se souvient, Ă prĂ©sent de la longue sĂ©rie de La Guerre dâAlgĂ©rie. Historia Magazine, publiĂ©e de 1971 Ă 1974, ou des six numĂ©ros de Guerre dâAlgĂ©rie Magazine en 2002 ?. La multiplication des colloques internationaux, publiĂ©s par de grandes maisons dâĂ©dition, oĂč tous les sujets sont Ă©tudiĂ©s, y compris les questions gĂȘnantes telles les massacres de harkis, la torture, lâemploi du napalm, le putsch des gĂ©nĂ©raux ou les luttes intestines Ă lâintĂ©rieur du mouvement national algĂ©rien, confirment cette tendance. Elle va jusquâĂ sâintĂ©resser rĂ©cemment Ă lâhistoire du genre [14], depuis les travaux pionniers dans ce domaine de RaphaĂ«lle Branche, dont la question du viol [15]. A ce propos, les deux premiers colloques dâhistoire militaire comparĂ©e ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s en complĂ©mentaritĂ© franco-algĂ©rienne en 2000 et 2002. Le premier, en mai 2000, Ă Montpellier, dans un lieu hautement symbolique - une enceinte militaire - a Ă©tĂ© publiĂ© en 2001, sous la direction de Maurice VaĂŻsse et de Jean-Charles Jauffret [16]. Il concernait les aspects gĂ©nĂ©raux et techniques du conflit. Le second, qui sâest tenu dans la maison mĂšre du CNRS Ă Paris en octobre 2002, rĂ©unissait un nombre de participants encore plus important, vu le thĂšme choisi des destins croisĂ©s, Des Hommes et des Femmes en Guerre dâAlgĂ©rie publiĂ© en octobre 2003, sous la direction de Jean-Charles Jauffret [17], sans quâaucun des groupes concernĂ©s ne soit oubliĂ©e juifs, harkis, sympathisants du FLN en France, paras, femmes de lâALN⊠Parmi les colloques majeurs, Ă©lĂ©ments essentiels du dialogue entre historiens mais aussi ouverture pour le public Ă©clairĂ©, il convient de citer aussi un colloque-confluence, celui qui sâest tenu en Sorbonne en dĂ©cembre 2000 en lâhonneur de Charles-Robert Ageron, La Guerre dâAlgĂ©rie au miroir des dĂ©colonisations françaises [18]. Il faut souligner quâil nây a plus de sujets tabous ». En effet, marquant un saut qualitatif important, les soutenances, en France, de thĂšses, publiĂ©es, telles celles dâhistoire politico-Ă©conomique de Daniel Lefeuvre, la thĂšse sur la torture de RaphaĂ«lle Branche, celle de Claire Mauss-Copeaux sur la mĂ©moire douloureuse des appelĂ©s, celle de FrĂ©dĂ©ric MĂ©dard sur la technique et logistique, de Jean Monneret sur la fin de la guerre, ou de Sylvie ThĂ©nault sur la justice française dans la guerre [19], rappellent que le territoire de lâhistorien », Ă lâabri de la surmĂ©diatisation, ne cesse de sâagrandir. Outre les multiples Ă©tudes sur le massacre des AlgĂ©riens Ă Paris lors de la manifestation du 21 octobre 1961, les travaux dâOlivier Dard sur lâOAS [20], ceux de Jean-Jacques Jordi sur les harkis, les disparus Français dâAlgĂ©rie dont le massacre dâOran du 5 juillet 1962 [21], des thĂšses majeures, dont on espĂšre la publication et qui ont dĂ©jĂ donnĂ© lieu Ă des publications partielles, montrent tout lâintĂ©rĂȘt de la jeune gĂ©nĂ©ration dâhistoriens pour la guerre dâAlgĂ©rie. Voir le travail fondamental de Tramor QuĂ©meneur, soutenu en 2007 [22], qui dĂ©truit un certain nombre dâidĂ©es reçues en ce qui concerne les dĂ©sertions 886, plus 3 200 lĂ©gionnaires et 6 000 spahis et tirailleurs algĂ©riens et les insoumissions 12 000 rĂ©fractaires en tout, soit 1% des appelĂ©s. La dĂ©portation des populations expulsĂ©es des zones interdites » soit plus de deux millions dâAlgĂ©riens et les 2 000 camps de regroupements ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©s par Fabien Sacriste, thĂšse soutenue en 2014 [23]. Ce territoire de lâhistorien » est graduellement fortifiĂ© par des publications continues de tĂ©moignages, pour ne rien dire de synthĂšses dont celles de Jean-Charles Jauffret sur les soldats français dans la guerre, de Gilbert Meynier sur lâhistoire du FLN, et plus globalement sur la guerre, de Guy PervillĂ©, de Jacques FrĂ©meaux, de lâouvrage collectif sur la guerre dâAlgĂ©rie dirigĂ© par Mohammed Harbi et Benjamin Stora, et de la publication de livres-documents, comme le recueil annotĂ© dĂ» Ă Mohammed Harbi et Gilbert Meynier [24], qui montrent les voies du passage de la mĂ©moire Ă lâhistoire de la guerre dâAlgĂ©rie. Câest lâillustration de cette maxime de Lucien Febvre Lâhistorien ne trouve pas, il cherche » Ă propos dâun confit officiellement reconnu en France par la loi du 10 juin 1999. Il reste Ă souhaiter que lâhistorien pourra continuer Ă faire son travail en demeurant serein malgrĂ© les menaces dâun populisme revanchard et islamophobe en continuant de profiter, en France, ce qui nâest pas encore le cas en AlgĂ©rie, de lâouverture des archives, militaires notamment, depuis 1992. Les historiens français, le plus souvent avec des chercheurs et des collĂšgues algĂ©riens non engluĂ©s dans lâhistoire officielle figĂ©e dans lâhypercommĂ©moration » formule de Guy PervillĂ© du 1er novembre 1954, mĂšnent aussi une sĂ©rie de travaux en regards croisĂ©s. Parmi eux on peut citer la thĂšse pionniĂšre de Dalila AĂŻt-el-Djoudi [25], lâimportant colloque de lâENS de Lyon en 2006 [26], ou les deux tomes, publiĂ©s en 2016, par Renaud de Rochebrune et Benjamin Stora, chez DenoĂ«l, La Guerre dâAlgĂ©rie vue par les AlgĂ©riens. En bref, le temps historique nâest ni le temps mĂ©diatique, ni le temps politique et il serait utile de mĂ©diter cette maxime de Pierre Nora pour tous les Ă©lĂšves et Ă©tudiants La mĂ©moire divise, lâhistoire rassemble ». © Jean-Charles Jauffret, Aix-en-Provence, 18 janvier 2017. Tous droits rĂ©servĂ©s. Illustration en une » Couverture de la revue Historiens & GĂ©ographes n° 388, octobre 2004, Dossier La guerre dâAlgĂ©rie, 1954-1962 », sous la direction de Jean-Charles Jauffret et Guy PervillĂ©. Alger, toits de la casbah et vue du port, avril 1975 ; © AFP. Photo Jean-Pierre PREVEL / STF. © Les services de la RĂ©daction dâHistoriens & GĂ©ographes, 18/01/2017. Tous droits rĂ©servĂ©s. Notes[1] Professeur dâHistoire contemporaine Ă lâInstitut dâEtudes Politiques dâAix-en-Provence.[2] Voir en ligne sur le site de lâAPHG, ici[3] B. Stora et Alexis Jenni, Les MĂ©moires dangereuses, Albin Michel, 2016, avant-propos de Benjamin Stora, p. III. Il sâinterroge par ailleurs Qui Ă©coute aujourdâhui les historiens ? ».[4] On pourrait citer, Ă titre dâexemple, lâaventure de lâexposition des Invalides, MusĂ©e de lâarmĂ©e, du 16 mai au 29 juillet 2012 consacrĂ©e Ă lâAlgĂ©rie. Cette derniĂšre est rĂ©vĂ©latrice de lâembarras des politiques qui ne savent pas comment aborder une guerre perdue. Cette exposition a Ă©tĂ© reportĂ©e pour son inauguration du 27 mars au 14 mai 2012, entre les deux tours des Ă©lections prĂ©sidentielles. De sorte quâelle nâa Ă©tĂ© possible que par lâabsence volontaire de toute personnalitĂ© politique dâenvergure, malgrĂ© un succĂšs record. Elle nâa pas Ă©tĂ© reconduite et les collections ont Ă©tĂ© dispersĂ©es. Le catalogue en avait pourtant Ă©tĂ© publiĂ© en amont, le 15 avril 2012 sous le titre anodin dâun accompagnement dâune bande dessinĂ©e, AlgĂ©rie, 1830-1962, avec Jacques Ferrandez, Bruxelles, Casterman, 256 p. Elle faisait suite, 30 ans plus tard, Ă une autre exposition, aux Invalides mais dans une salle modeste, 2 au 26 juin 1992, cf. le catalogue publiĂ© par GERVEREAU L., RIOUX et STORA B. sous la direction de, La France en guerre dâAlgĂ©rie, BDIC, 1992.[5] BOUCHENE Abderrahmane, PEYROULOU Jean-Pierre, TENGOUR Ouanassa Siari et THENAULT Sylvie, Histoire de lâAlgĂ©rie Ă la pĂ©riode coloniale, 1830-1962, La DĂ©couverte, 2012 ; DELMAS Jean, La Guerre dâAlgĂ©rie, Caen, Le MĂ©morial de Caen, 2005 ; ELSENHANS Harmut, La Guerre dâAlgĂ©rie. La transition dâune France Ă une autre, le passage de la IVe Ă la Ve RĂ©publique, Arles, Publisud, 2000 ; FRĂMEAUX Jacques, La France et lâAlgĂ©rie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, Economica, 2002 ; PERVILLĂ Guy, Pour une histoire de la guerre dâAlgĂ©rie, Picard, 2002 ; Atlas de la guerre dâAlgĂ©rie, de la conquĂȘte Ă lâindĂ©pendance, Autrement, 2003 ; STORA Benjamin, Histoire de la guerre dâAlgĂ©rie, La DĂ©couverte, 1992, rééd. 2004 ; La Guerre dâAlgĂ©rie, Puf, 2007.[6] Parmi les tĂ©moignages majeurs celui dâun camusien Ă lâĂ©criture sans concession, Claude Georges Picard, Un piton sĂ©parĂ© du reste du monde. Ma guerre en Kabylie, journal dâun appelĂ© 1961-1962, prĂ©face de Jean-Charles Jauffret, les Ăditions du Net, 2013.[7] Voir la somme, issue de sa thĂšse, de DENIS SĂ©bastien, Le CinĂ©ma et la guerre dâAlgĂ©rie, Paris, Nouveau Monde Ăditions, 2009.[8] Esprit, n° 307, aoĂ»t-septembre 2004 La guerre dâAlgĂ©rie histoire officielle, histoire idĂ©ologique, histoire des historiens », p. 224-230.[9] PubliĂ© en 2001 aux Ă©ditions Contretemps.[10] SARRAZIN, Maurice, 666 thĂšses et mĂ©moires en langue française sur la guerre dâAlgĂ©rie, 1954-1962, LâHarmattan, 2012.[11] RIOUX Jean-Pierre sous la direction de, La Guerre dâAlgĂ©rie et les Français, actes du colloque de lâIHTP, Paris, 15 au 17 dĂ©cembre 1988, Paris, Fayard, 1990.[12] Les Etudiants algĂ©riens de lâuniversitĂ© française 1880-1962, Ăditions du CNRS, 1984.[13] Messali Hadj 1898-1974, Le Sycomore, 1982 réédit. LâHarmattan, 1986 et Hachette Coll. Pluriel histoire, 2004.[14] Voir, notamment, BRUN Catherine et SHEPARD Todd, Guerre dâAlgĂ©rie. Le sexe outragĂ©, CNRS Editions, septembre 2016, ouvrage composĂ© dâarticles internationaux et dâune partie des communications du colloque de la BNF et de lâInstitut du monde arabe, les 9 et 10 septembre 2014. Cet ouvrage rappelle que le viol est bien un instrument de guerre.[15] BRANCHE RaphaĂ«lle et VIRGILI Fabrice, Viols en temps de guerre, Payot, 2011.[16] Militaires et guĂ©rilla dans la guerre dâAlgĂ©rie, Complexe, Bruxelles, 2001.[17] Autrement, octobre 2003.[19] LEFEUVRE Daniel, ChĂšre AlgĂ©rie. Comptes et mĂ©comptes de la tutelle coloniale 1930-1962, SociĂ©tĂ© française dâhistoire dâOutre-Mer, 1997 ; BRANCHE RaphaĂ«lle, La Torture et lâarmĂ©e pendant la guerre dâAlgĂ©rie 1954-1962, Gallimard, 2001 ; MAUSS-COPEAUX Claire, AppelĂ©s dâAlgĂ©rie. La mĂ©moire confisquĂ©e, Hachette, 1995 ; MĂDARD FrĂ©dĂ©ric, Technique et logistique en guerre dâAlgĂ©rie, Lavauzelle, 2002 ; MONNERET Jean, La Phase finale de la guerre dâAlgĂ©rie, LâHarmattan, 2000 ; THĂNAULT Sylvie, Une drĂŽle de justice. Les magistrats dans la guerre dâAlgĂ©rie, La DĂ©couverte, 2001.[20] Voyage au cĆur de lâOAS, Perrin, 2005.[21] Les Disparus civils europĂ©ens de la guerre dâAlgĂ©rie un silence dâEtat, SOTECA, 2011.[22] Une guerre sans Non » ? Insoumissions, refus dâobĂ©issance et dĂ©sertions des soldats français pendant la guerre dâAlgĂ©rie 1954-1962, sous la direction de Benjamin Stora, universitĂ© de Paris-VIII, 15 octobre 2007. Cinq tomes.[23] Les camps de regroupement ». Une histoire de lâĂtat colonial et de la sociĂ©tĂ© rurale pendant la guerre dâindĂ©pendance algĂ©rienne 1954-1962, sous la direction de Guy PervillĂ© et Jacques Cantier, UniversitĂ© de Toulouse-Jean-JaurĂšs, 14 novembre 2014. Trois tomes.[24] JAUFFRET Jean-Charles, Soldats en AlgĂ©rie 1954-1962. ExpĂ©riences contrastĂ©es des hommes du contingent, Autrement, Paris, 2000 ; Guerre dâAlgĂ©rie, 1954-1962. Les combattants français et leur mĂ©moire, Odile Jacob, 2016 ; MEYNIER Gilbert, Histoire intĂ©rieure du FLN, Fayard, 2002 ; PERVILLĂ Guy, Pour une histoire de la guerre dâAlgĂ©rie, Picard, Paris, 2002 ; FRĂMEAUX Jacques, La France et lâAlgĂ©rie en guerre 1830-1962, Economica, Paris, 2002 ; HARBI Mohammed, STORA Benjamin, La Guerre dâAlgĂ©rie 1954-1962. La fin de lâamnĂ©sie, Robert Laffont, Paris 2004 ; HARBI Mohammed, MEYNIER Gilbert, Le FLN. Documents et histoire 1954-1962, Fayard, Paris, 2004.[25] AĂT-EL-DJOUDI Dalila, La Guerre dâAlgĂ©rie vue par lâALN, 1954-1962. LâarmĂ©e française sous le regard des combattants algĂ©riens, prĂ©face de Jean-Charles Jauffret, Autrement, 2007.[26] 20-21-22 juin 2006, Lyon, Ecole normale supĂ©rieure, colloque international, Pour une histoire critique et citoyenne franco-algĂ©rienne, organisĂ© sous la direction de Gilbert Meynier qui a fait appel Ă de nombreux organismes de recherches et dâenseignement CNRS, ENS, IEP de Lyon et dâAix-en-Provence⊠et qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© de lâappui des conseils rĂ©gional et gĂ©nĂ©ral. Communications 1 600 p publiĂ©es en ligne, le 13 novembre 2007 par Gilbert Meynier, FrĂ©dĂ©ric AbĂ©cassis et Afifa Zenati sur le site
Axe1 : La dimension politique de la guerre : des conflits interĂ©tatiques aux enjeux transnationaux; Axe 2 â Le dĂ©fi de la construction de la paix; Axe conclusif â Le Moyen-Orient : conflits rĂ©gionaux et tentatives de paix; Introduction : Histoire et mĂ©moire, histoire et justice; Axe 1 : Histoire et mĂ©moires des conflits
Les Cours de - Histoire, GĂ©ographie, EMC, HGGSP Sapere Aude - Ose Savoir ! CrĂ©ation 20 mai 2021 Mis Ă jour 30 novembre 2021 Affichages 3093 Manuel Nathan HGGSP Term Les conflits ont toujours reprĂ©sentĂ©s des moments douloureux dans lâhistoire des sociĂ©tĂ©s, ce qui en fait des Ă©vĂ©nements qui ont une forte dimension mĂ©morielle. Cette mĂ©moire relĂšve Ă la fois de lâindividu et de la collectivitĂ©. Ces mĂ©moires peuvent faire perdurer des tensions entre groupes ou entre pays devenant ainsi des objets politiques et gĂ©opolitiques. Lâhistorien doit prendre en compte ces diffĂ©rentes dimensions des tĂ©moignages qui peuvent ĂȘtre autant dâentraves Ă son travail. ComplĂ©ments bibliographiques Richard Ălodie, Vorms Charlotte, Les historiens pris dans les conflits de mĂ©moire », VingtiĂšme SiĂšcle. Revue d'histoire, 2015/3 N° 127, p. 3-12. DOI URL Godicheau François, La guerre civile espagnole, enjeux historiographiques et patrimoine politique », VingtiĂšme SiĂšcle. Revue d'histoire, 2015/3 N° 127, p. 59-75. DOI URL "MĂ©moires de la Grande Guerre", MatĂ©riaux pour lâhistoire de notre temps 2014/1 N° 113 - 114, Articles en relation Publications rĂ©centes
Letravail historique, en expliquant la complexité des événements, contribue à un apaisement des mémoires et à la reconnaissance officielle du rÎle de la France et des Français dans le conflit. Face à cette multiplication des commémorations, le risque est de sombrer dans une hypermnésie, c'est-à -dire un excÚs mémoriel des différents groupes porteurs de mémoire.
Comme je vous lâavais annoncĂ© le 4 mai dernier, aprĂšs avoir vu les sujets possibles, attachons nous aux accroches ou amorces dĂ©diĂ©es Ă ces diffĂ©rents types de sujetâŠLes possibilitĂ©s sont nombreuses et sachez bien quâil nâ y a pas quâune seule accroche possible pour un sujet. Voyez par vous-mĂȘme⊠Sujet 1 Le devoir de mĂ©moire a-t-il encore un sens dans notre sociĂ©tĂ© ? Durant la Seconde Guerre mondiale, de 1939 Ă 1945, des crimes contre lâhumanitĂ© vont ĂȘtre commis en Europe sous les initiatives allemandes, suite Ă des idĂ©es antisĂ©mites qui sâappuient sur le systĂšme politique du totalitarisme. Pour nos jeunes gĂ©nĂ©rations, ces crimes sont lointains et parfois remis en cause par des thĂšses nĂ©gationnistes ou rĂ©visionnistes». Pour dâautres, ses souvenirs sont douloureux et rappellent des souffrances que parfois les familles ont subies au point quâil serait prĂ©fĂ©rable de les laisser tomber dans lâoubli⊠Quel impact ces crimes contre lâhumanitĂ© ont-ils pu entraĂźner sur la loi française, les lois allemandes, sur la communautĂ© juives ? Cette approche qui nous amĂšnera Ă Ă©voquer le rĂŽle de la mĂ©moire collective permet de nous questionner surtout sur le devoir de mĂ©moireâŠ.dĂ©finitionsâŠAu regard de toutes ces consĂ©quences, est-il alors rĂ©ellement important de se souvenir pour les gĂ©nĂ©rations dâaujourdâhui de ces crimes atroces faits par les nazis aux juifs ? Bien loin de certaines prĂ©occupations actuelles, le devoir de mĂ©moire a-t-il encore un sens dans notre sociĂ©tĂ© ? Sujet 2 La mĂ©moire est-elle conciliable avec lâhistoire ? Nous sommes dans des temps oĂč Histoire et MĂ©moire se confondent quotidiennement dans une mĂ©diatisation et une spectacularisation », dĂ©mesurĂ©es parfois, de tout ce qui a trait au passĂ©. On peut citer Ă titre dâexemple les rĂ©cents dĂ©bats pendant la campagne prĂ©sidentielle sur la dĂ©colonisation, le rĂ©gime de Vichy, la rafle du Vel dâHiv⊠Du bain tĂ©lĂ©visuel oĂč se coulent indistinctement commĂ©morations, documentaires et fictions, pour comprendre ce que reprĂ©sente la MĂ©moire, il paraĂźt plus quâurgent de dĂ©gager et dâisoler les Ă©lĂ©ments et de se demander si la MĂ©moire peut montrer des liens avec lâHistoire ? Quels types de relations peut-on comprendre entre Histoire et MĂ©moire ? Sujet 3 Cultiver sa mĂ©moire est-il toujours utile ? Dans un mouvement spontanĂ© et massif au mois dâoctobre 1998, les lycĂ©ens ont objectivement mis en cause la politique du gouvernement Jospin et son ministre de lâEducation nationale Claude AllĂšgre. Leurs revendications portaient sur le besoin de crĂ©ation de postes dâenseignants, la baisse des effectifs par classe, mais aussi le besoin dâun enseignement car nombres dâentre eux dĂ©claraient que les cours nâĂ©taient pas intĂ©ressants parce que trop tournĂ©s vers le passĂ©. LâĂ©tude dâauteurs du passĂ©, le latin, le grec ne les intĂ©ressaient pas mais se tourner vers le ou leur prĂ©sent Ă©tait pour eux essentiel. Il est vrai que le passĂ©, est par dĂ©finition et avant tout ce qui nâest plus, ce qui ne peut plus revenir ; dĂšs lors, sâintĂ©resser au passĂ© ne saurait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une attitude utile ou efficace. Mais ce qui est davantage en jeu dans ce questionnement, câest de savoir si la mĂ©moire, qui nous lie avec le passĂ©, est une facultĂ© superflue pour lâhomme, ou bien si au contraire elle le rend digne de lâhumanitĂ©. Et dans ce cadre est-il toujours utile, important de la cultiver pour la faire exister⊠? Sujet 4 La mĂ©moire peut-elle ĂȘtre un instrument politique ? Des thĂšmes comme la guerre et la rĂ©sistance sont encore aujourdâhui, plus de 60 ans aprĂšs la seconde guerre mondiale, en mesure de diviser une communautĂ©. Câest lâhistoire et son interprĂ©tation qui divisent la difficultĂ© de partager une mĂ©moire collective apparaĂźt clairement aujourdâhui dans de nombreux pays, dont ceux de lâUnion EuropĂ©enne en particulier, lorsque la presse et donc lâopinion continuent dâĂ©voquer un passĂ© divisĂ©. Au fur et Ă mesure que la composition sociale dâun pays change et que de nouvelles gĂ©nĂ©rations grandissent, le contenu de la mĂ©moire Ă©volue. De nouvelles revendications, auparavant rĂ©primĂ©es pour diffĂ©rentes raisons, refont surface. Cette Ă©volution permanente permet aussi Ă des instances prĂ©cĂ©demment vaincues de revendiquer un nouvel espace dâexpression, de nouvelles idĂ©ologies ou dâidĂ©es politiques. Ces mouvements provoquent tant de rĂ©sistances ou de prosĂ©lytismes idĂ©ologiques quâil est lĂ©gitime de se demander si la mĂ©moire peut sâavĂ©rer ĂȘtre , Ă ce point, un instrument politique ? Sujet 5 Doit-on se souvenir de tout ? Les faits historiques que lâon nous apprend Ă lâĂ©cole, comme le chapitre dâhistoire sur la Seconde Guerre mondiale et les victimes du gĂ©nocide des juifs durant cette pĂ©riode, restent des moments douloureux et parfois insoutenables pour les familles portant encore les cicatrices de ce passĂ©. Et pourtant, se souvenir peut nous permettre dâĂȘtre nostalgique Ă certains moments de notre passĂ©, de porter des regrets mais peut ĂȘtre aussi synonyme de devoir. Certaines personnes trouvent important voir essentielle de garder une trace du passĂ©, de ne pas oublier, câest pourquoi elles souhaitent raconter leur histoire. Dâautres prĂ©tendent au contraire quâil nâest pas nĂ©cessaire de se souvenir et quâil serait illogique, voir inutile de se remĂ©morer des temps rĂ©volus, douloureux, dans lesquels nous nâavons Ă lâinstant prĂ©sent plus aucune emprise. Est-il donc utile de se souvenir de tout et doit-on le faire sans condition ? Sujet 6 La mĂ©moire est-elle uniquement un scientifique ? Objet de nombreuses recherches scientifiques, la mĂ©moire peut se dĂ©finir comme lâune des fonctions les plus importantes et lâune des propriĂ©tĂ©s les plus passionnantes du cerveau. Pascal disait dĂ©jĂ La mĂ©moire est nĂ©cessaire a toutes les opĂ©rations de lâesprit ». Il est bien vrai quâelle rĂ©git lâessentiel de nos activitĂ©s quâelles soient scolaires, professionnelles, quotidiennes ou de loisirs. Mais cette dĂ©finition nâexclue pas quâelle peut ĂȘtre aussi simplement dĂ©finie comme la conscience du passĂ© et quâelle peut ĂȘtre, en effet, le propre de lâhomme. En effet, la âmĂ©moireâ dâun ordinateur est dĂ©pourvue de conscience, tout autant quâun livre dâhistoire ou un journal intime. Pouvons-nous alors toujours affirmer que la mĂ©moire serait uniquement scientifique ? Nâest elle quâun simple enregistrement dâinformations ? Ou au contraire, pouvons-nous prĂ©tendre quâelle ne se rĂ©duit pas Ă cet aspect puisque quâelle provoque parfois fiertĂ©, honte ou nostalgieâŠet quâelle joue un rĂŽle bien plus complexe dans notre sociĂ©tĂ© ou pour lâhumanitĂ©. Sujet 7 Lâhomme de lâavenir est celui qui aura la mĂ©moire la plus longue.. » Nietzsche La campagne prĂ©sidentielle de 2017 a Ă©tĂ© lâobjet dâinformations ou de dĂ©sinformations permanentes, spontanĂ©es, et rĂ©actionnelles permettant ainsi de provoquer volontairement ou non lâopinion au travers les diffĂ©rents rĂ©seaux sociaux. Ceci montre que nous vivons une Ă©poque particuliĂšrement troublĂ©e, tant au niveau Ă©conomique que politique, culturel et religieux, les quatre, dâailleurs, sâinter-activant lâun lâautre sans rĂ©elle capacitĂ© de comprendre les situations diverses. Pour lutter contre cette perception erronĂ©e et dangereuse, mais hĂ©las ressentie par beaucoup de nos compatriotes, mieux vaut sâefforcer de dĂ©monter lâargumentation que de traiter par le mĂ©pris. Pour Nietzsche, la mĂ©moire se construit par lâaccumulation, la sĂ©lection, le rappel, les modifications, et lâoubli des souvenirs. Plus on dispose dâune mĂ©moire riche, vĂ©ridique, rĂ©elle, autrement dit dâune longue mĂ©moire », mieux on est armĂ© pour prĂ©parer lâavenir. Ainsi ,il prĂ©tendait que Lâhomme de lâavenir est celui qui aura la mĂ©moire la plus longue.. ». La rĂ©flexion ambiante Ă©tant de plus en plus basĂ©e sur lâĂ©motion et lâimmĂ©diatetĂ© de lâaction Ă rĂ©aliser, le nano-temps» incontournable Ă©carte toute possibilitĂ© dâinclusion du problĂšme rencontrĂ© dans un systĂšme de pensĂ©e oĂč le prĂ©sent sâenracine dans le passĂ© et programme le futur. Pour mener Ă bien un tel systĂšme, le recours Ă lâhistoire et Ă la mĂ©moire est-il indispensable ? Sujet 8 Parce quâun homme sans mĂ©moire est un homme sans vie, un peuple sans mĂ©moire est un peuple sans avenir. » Ferdinand Foch Au moment oĂč lâenseignement de lâhistoire est encore rĂ©duit dans lâĂ©ducation nationale et que les programmes ont dĂ©jĂ largement Ă©tĂ© amputĂ©s de lâapprentissage de personnalitĂ©s de notre histoire de France telles que Louis XIV, NapolĂ©on, Clovis et autres figures, la prioritĂ© est davantage donnĂ©e Ă lâenseignement de lâhistoire Africaine, des cours de cuisine ou autres disciplines afin dâ ouvrir lâesprit » de nos jeunes gĂ©nĂ©rations. Effacer ses notions de notre mĂ©moire collective nous amĂšne Ă nous interroger sur notre rapport au passĂ©, sur son utilitĂ© et son lien avec le prĂ©sent et le futur que nous vivons ? SâintĂ©resser Ă notre histoire, Ă la mĂ©moire de notre civilisation nous empĂȘcherait-il de vivre dĂ©cemment notre prĂ©sent, de le comprendre,et dâĂ©valuer le futur plus ou moins proche avec lâidĂ©e dominante selon laquelle le passĂ© serait un enjeu et que lâaction historique seraient sensĂ©es nous promettre un meilleur avenir ? Lâaphorisme de Foch prend alors tout son sens quand il dĂ©clare que parce quâun homme sans mĂ©moire est un homme sans vie, un peuple sans mĂ©moire est un peuple sans avenir ». Doit-on, pour ĂȘtre demain, celui qui doit ne pas oublier celui quâil a Ă©tĂ© ? Autrement dit, oublier le passĂ©, serait-il un grave danger pour lâhomme ou pour un peule qui, dĂ©muni de son identitĂ© passĂ©e ne pourrait vivre un prĂ©sent ou un avenir paisible ? Sujet 9 Un peuple qui oublie son passĂ© se condamne Ă le revivre. » Winston Churchill Les peuples et les gouvernements nâont jamais rien appris de lâhistoire », Ă©crivait le philosophe Hegel. Aux Etats-Unis, des Ă©lus dĂ©mocrates et rĂ©publicains entendent ressusciter un texte vieux de 80 ans qui cloisonnait les banques de dĂ©tail et les banques dâinvestissement. AdoptĂ© en 1933, dans le sillage du krach de 1929, le Glass-Steagall Act» interdisait aux banques dâĂ©pargne de se livrer Ă des activitĂ©s spĂ©culatives ou dâassurance et dâĂ©mettre des titres financiers. Cette lĂ©gislation a tenu pendant plus dâun demi-siĂšcle avant dâĂȘtre abrogĂ©e en 1999, en pleine pĂ©riode dâeuphorie Ă©conomique. Les spĂ©cialistes affirment que lâon avait alors ouvert la voie du krach de 2008 aux gĂ©ants bancaires et que la disparition de cette loi Ă©tait la consĂ©quence aujourdâhui dâune instabilitĂ© financiĂšre permanente⊠LâUnion europĂ©enne en cette fin dâannĂ©e prĂ©parera une rĂ©forme bancaire dâenvergure afin de ne pas reconduire ces risques. Les leçons du passĂ© seraient-elles enfin devenues sources dâenseignement dans le temps prĂ©sent ? Sujet 10 Les vĂ©ritĂ©s historiques sont rarement bonnes Ă entendre lorsquâelles Ă©branlent les fondements de la mĂ©moire collective » Isabelle Hausser Lâengouement actuel, dans nos sociĂ©tĂ©s occidentales, pour les rĂ©cits historiques, les autobiographies, les Lieux de mĂ©moire », et ce, aprĂšs une vĂ©ritable inflation du prĂ©sent, nous mĂšne Ă nous poser cette question centrale le retour au passĂ© peut-il sâopĂ©rer sans nostalgie, sans mettre en cause la modernitĂ©, sans dĂ©nigrer les valeurs âmodernesâ dâhumanisme et de dĂ©mocratie ou permet-il au contraire de les sauvegarder et de les enrichir ? Autrement dit, pour reprendre une expression dâAlain Touraine, nây a-t-il pas dans cette les vĂ©ritĂ©s historiques un cĂŽtĂ© lumiĂšre et un cĂŽtĂ© sombre qui devrait stimuler notre rĂ©flexion et notre vigilance ? Isabelle Hausser dĂ©clarait que Les vĂ©ritĂ©s historiques sont rarement bonnes Ă entendre lorsquâelles Ă©branlent les fondements de la mĂ©moire collective », est-ce le cas dans nos dĂ©mocraties ?
HGGSP Chapitre 7. CHAPITRE 7 - Histoire et mĂ©moires des conflits . Comment lâhistoire et les mĂ©moires des conflits sâarticulent-elles ? Cours : Histoire et mĂ©moires de la PremiĂšre
mis Ă jour le 12 Mai 2022 3 min Bac gĂ©nĂ©ral CorrigĂ©s Ăpreuves de spĂ©cialitĂ© Histoire-gĂ©ographie SpĂ©cialitĂ©s au lycĂ©e Retrouvez les corrigĂ©s de lâĂ©preuve HGGSP histoire-gĂ©ographie, gĂ©opolitique et sciences politiques du bac gĂ©nĂ©ral 2022 dĂšs la sortie des Ă©preuves. Que ce soit pour la dissertation, ou lâĂ©tudes de documents, retrouvez ci-dessous les corrigĂ©s de la session 2022. Les corrigĂ©s de lĂ©preuve du bac HGGSP 2022 DĂšs la sortie des Ă©preuves les mercredi 11 et jeudi 12 mai 2022, LâEtudiant vous propose, les sujets corrigĂ©s de lâĂ©preuve de HGGSP du bac 2022. Avez-vous trouvĂ© une bonne problĂ©matique de dissertation ? Avez-vous rĂ©ussi Ă faire une bonne introduction ? Votre dĂ©veloppement Ă©tait-il organisĂ© et dĂ©veloppĂ© ? Avez-vous rĂ©ussi Ă bien analyser les documents ? Pour en ĂȘtre sĂ»r, consultez les sujets corrigĂ©s ci-dessous Sujets et corrigĂ©s de l'Ă©preuve HGGSP du bac 2022 Retrouvez-ci-dessous les sujets corrigĂ©s de lâĂ©preuve de HGGSP du bac 2022. Afin de vous entraĂźner dans des conditions rĂ©elles et ĂȘtre prĂȘt le jour J, nous mettons Ă votre disposition des sujets dâentraĂźnements, ainsi que les sujets 0 publiĂ©s par lâEducation nationale. CorrigĂ© du bac comment se passe lâĂ©preuve de spĂ©cialitĂ© HGGSP au bac 2022 ? LâĂ©preuve Ă©crite de spĂ©cialitĂ© HGGSP dâune durĂ©e de 4h, a un coefficient 16 et est composĂ©e 2 parties Une dissertation, qui permet au candidat de dĂ©montrer ses capacitĂ©s dâanalyse et de rĂ©flexion sur un sujet donnĂ©. Cette dissertation se compose dâune introduction, dâun dĂ©veloppement et dâune conclusion ; Une Ă©tude dâun ou deux documents la structure du travail fourni sera la mĂȘme que pour la dissertation introduction, dĂ©veloppement, conclusion mais cette fois, la rĂ©flexion se fera sur un ou deux supports. Les deux exercices se font sur des thĂ©matiques diffĂ©rentes. Lire aussi Comment bien rĂ©viser lâĂ©preuve du bac HGGSP ? Pour vous aider Ă prĂ©parer le bac 2022 HGGSP, retrouvez sur des fiches de rĂ©visions histoire, gĂ©ographie, gĂ©opolitique et sciences politiques. EntraĂźnez-vous Ă©galement avec nos quiz de rĂ©visions. Les sujets et corrigĂ©s de lâĂ©preuve de la spĂ©cialitĂ© HGGSP du bac 2022 Jour 1 Sujet Jour 1 CorrigĂ© Jour 2 sujet Jour 2 CorrigĂ© Les sujets de la spĂ©cialitĂ© HGGSP â session de PolynĂ©sie 2022 Sujet 1 Sujet 2 Tous les corrigĂ©s du bac gĂ©nĂ©ral 2022 EnHistoireâgĂ©ographie, gĂ©opolitique et sciences politiques : â Lâadaptation des sujets de la spĂ©cialitĂ© HGGSP consiste en un doublement du sujet de dissertation. â Les candidats ont dĂ©sormais le choix entre deux sujets de dissertation qui portent sur des thĂšmes diffĂ©rents. â LâĂ©tude de document portera sur un thĂšme qui nâest celui dâaucun des deux sujets Les DĂ©codeurs Les rapports de force entre les pays jouent un rĂŽle majeur dans la musĂ©ographie et le travail de mĂ©moire, explique Jean-Charles Szurek, directeur de recherche au CNRS. La commĂ©moration des 70 ans de la libĂ©ration du principal camp de la mort nazi, qui a lieu mardi 27 janvier, est troublĂ©e par les tensions actuelles entre Polonais et Russes Ă propos de l'Ukraine. Jean-Charles Szurek, directeur de recherche au CNRS, explique en quoi les rapports de force entre les pays jouent un rĂŽle majeur dans la musĂ©ographie et le travail de mĂ©moire. Comment expliquer l'absence de Vladimir Poutine Ă la commĂ©moration ? Les Etats sont informĂ©s de la commĂ©moration et peuvent venir s'ils le souhaitent. Mais, contrairement Ă la commĂ©moration du 60e anniversaire, il n'y a pas de discours des chefs d'Etat ou de leurs reprĂ©sentants. Les seuls discours sont ceux de trois dĂ©portĂ©s, un Polonais et deux Juifs, ainsi que celui du prĂ©sident polonais, Bronislaw Komorowski. Le Conseil international du musĂ©e, composĂ© d'anciens dĂ©portĂ©s et de personnalitĂ©s qualifiĂ©es, a voulu mettre tous les Etats Ă Ă©galitĂ©. Fallait-il adresser une invitation spĂ©ciale Ă la Russie au nom du fait que l'ArmĂ©e rouge avait libĂ©rĂ© le camp d'Auschwitz au prix de la vie de ses soldats ? C'est ce que semble signifier la rĂ©action de Vladimir Poutine, encore que la Russie soit reprĂ©sentĂ©e par un ancien vice-premier ministre, SergueĂŻ Ivanov. Les dĂ©clarations rĂ©centes du ministre des affaires Ă©trangĂšres polonais, affirmant qu'Auschwitz avait Ă©tĂ© libĂ©rĂ© par des Ukrainiens car des Ukrainiens se trouvaient dans le corps d'armĂ©e des troupes soviĂ©tiques qui avaient pĂ©nĂ©trĂ© dans le camp le 27 fĂ©vrier 1945, ont Ă©tĂ© pour le moins malencontreuses. Les autoritĂ©s russes ont eu beau jeu ensuite de rappeler que de nombreuses nations composaient l'ArmĂ©e rouge. Voir aussi 300 anciens dĂ©tenus reviennent Ă Auschwitz Lire le reportage A Auschwitz-Birkenau, procession vers le monument aux victimes Comment a Ă©voluĂ© le musĂ©e d'Auschwitz en sept dĂ©cennies ? Le musĂ©e d'Auschwitz est créé en 1947 comme musĂ©e du martyre de la nation polonaise et des autres nations ». Dans cet intitulĂ© sont dĂ©jĂ prĂ©sents les conflits de mĂ©moire des annĂ©es 1980, entre une lecture polonaise et une lecture juive du camp. Il faut rappeler que le camp d'Auschwitz est Ă la fois le plus grand cimetiĂšre juif, avec un million de morts, et aussi le plus grand cimetiĂšre polonais, avec 75 000 morts. AprĂšs la guerre, une puissante organisation de dĂ©portĂ©s polonais du camp, dominĂ©e par des communistes dans le contexte de la soviĂ©tisation du pays, amĂšne l'Etat Ă en prĂ©server le site afin de faire Ćuvre de mĂ©moire. Le caractĂšre exceptionnel d'Auschwitz comme camp d'extermination des juifs est occultĂ© au profit d'une mĂ©moire polonaise et antifasciste. Les organisations juives de l'Ă©poque, du moins ce qu'il en restait, furent consultĂ©es par la direction du musĂ©e, qui jugea finalement que celui-ci ne pouvait donner l'impression qu'Auschwitz est exclusivement une souffrance juive ». Le destin spĂ©cifique des juifs fut dĂšs lors minorĂ© pratiquement jusqu'Ă la fin du rĂ©gime communiste, d'autant que les juifs Ă©taient perçus uniquement â et commodĂ©ment â comme des citoyens de leurs nations respectives. Dans les derniĂšres annĂ©es du rĂ©gime communiste, le site du musĂ©e fut aussi investi par l'Eglise catholique, ce qui provoqua le fameux conflit de mĂ©moire autour du carmel. Lire le reportage Enseigner la Shoah, câest parfois moins facile quâavant » Et aujourd'hui ? Depuis l'avĂšnement de la dĂ©mocratie en Pologne, le dispositif musĂ©ologique a changĂ©, tout comme, par exemple, les manuels scolaires. Le destin prĂ©cis des juifs europĂ©ens acheminĂ©s et assassinĂ©s Ă Auschwitz-Birkenau n'est plus gommĂ©. On perçoit maintenant clairement que les valises, lunettes, prothĂšses, et autres objets ayant appartenu aux dĂ©portĂ©s, exposĂ©s depuis la crĂ©ation du musĂ©e, appartenaient aux juifs de Hollande, de France ou d'ailleurs. La mĂ©moire polonaise est toujours prĂ©sente, notamment par la cellule du pĂšre Kolbe, ce prĂȘtre qui Ă©changea sa vie contre un pĂšre de famille polonais. Les nouveaux dĂ©fis qu'affronte la direction actuelle du musĂ©e ont pour nom l'afflux croissant de visiteurs, leur comportement, la conservation des objets, la mise en place â dĂ©jĂ amorcĂ©e â de nouvelles expositions, la superposition d'un langage musĂ©ologique contemporain sur des strates cumulĂ©es de signes et de symboles. Lire sur Big Browser Auschwitz-Birkenau, une visite virtuelle Mathilde DamgĂ© .